Le Parfum : histoire d’un meurtrier

28.28.2006 @ 01:59:32 | Isis

Je dois dire très franchement qu’en allant voir “Le parfum“, je ne m’attendais pas du tout à ça. Je n’ai pas lu le best-seller éponyme de Patrick Süskind et honnêtement je n’en ai même jamais entendu parler. L’amie qui m’a emmenée voir le film m’avait vaguement parlé de l’histoire (vu qu’elle a lu le livre) et elle m’avait intriguée. Cependant je ne savais rien de l’époque dans laquelle se déroulait le récit ni de l’ambiance malsaine qui s’y dégageait. Du coup ça a été une véritable découverte (je me rends rarement dans une salle de cinéma sans savoir un minimum ce que je vais regarder…) et une très bonne surprise ! J’ai été un peu déroutée au début, mais ensuite je me suis laissée prendre par l’étrangeté de ce film qui n’est, en somme, qu’un petit conte. Un conte bien sombre certes, mais un conte tout de même, un conte onirique…

L’Histoire

Paris, 1744. En plein centre du marché aux poissons des bas quartiers naît, dans l’indifférence la plus totale, Jean-Baptiste Grenouille, un être doué d’un talent exceptionnel : un odorat développé de façon surnaturelle. Survivant misérablement, seules les odeurs guident ses pas et font de lui un adulte. Résistant ainsi contre toute attentes aux assauts impitoyables de la vie, Grenouille comprend que son destin est unique. Parvenant à se faire embaucher comme apprenti chez l’un des grands maîtres parfumeurs de la capitale, Giuseppe Baldini, apprend les secrets de la fabrication des parfums. Son don lui permet de composer quelques chefs-d’oeuvre pour le maître mais dans sa recherche continuelle d’odeurs parfaites, Grenouille est irrésistiblement attiré par le parfum naturel des jeunes filles. Il va aller jusqu’à en tuer pour leur voler leur odeur et chercher à composer la fragrance idéale, celle qui lui permettrait de séduire instantanément quiconque…
Génie monstrueux, meurtrier hermétique aux valeurs du monde, Grenouille sème la peur et les cadavres. Son parfum absolu est sa seule obsession.

Ma critique

Tout d’abord, il faut bien commencer quelque part, je dois dire que j’ai trouvé les images sublimes et envoûtantes. Toutes les scènes étaient d’un esthétisme remarquable, presque parfait, aussi bien dans la misère des rues parisiennes du XVIIIème siècle que dans l’horreur des crimes de Grenouille. Autant dans la sensualité omniprésente durant tout le film que dans certains paysages ou décors du sud de la France. Tout est maîtrisé juste ce qu’il faut pour rendre l’ambiance effroyable mais belle à la fois. Un coup de maître !

Les acteurs aussi sont formidables. Les rôles sont distribués à merveille ce qui donne vie à des personnages vraiment saisissants. En particulier le rôle de Grenouille (Ben Whishaw) qui file une chaire de poule monstrueuse ! On éprouve pour lui un tel dégoût et une telle haine croissants au fur et à mesure du film, qu’on se demande parfois comment, tout au fond de nous, l’on n’arrive pas à se débarrasser de cet élan irrésistible de sympathie et de pitié qui persiste. Et c’est cette ambiguïté qui donne tout son sens au film et qui provoque non seulement le malaise, mais également l’anxiété dans laquelle il nous plonge et parfois même, l’écoeurement le plus total.

Une autre réussite tout à fait génialissime réside dans le rendu à l’image des odeurs. On s’y croirait tout à fait ! A travers les ressentis de Grenouille et l’affolement des images, on sent, on renifle, on savoure, on fronce les narines… Des pestilences du poisson pourri aux fragrances enchanteresses des corps de femmes en passant par les étals d’épices on regrette juste de ne pas avoir l’imagination olfactive assez développée pour ne pas matérialiser l’Ultime Parfum. Grâce à Grenouille on se sent transportés dans un monde fascinant que l’on connaît peu… mais un monde effrayant empli d’horreur glacée également.

En fait, tout le film est en fait basé sur ce principe de révolte et de fascination qui en fait, à mon sens, un vrai petit chef-d’oeuvre. Chef-d’oeuvre dont l’ambiance, à la fois macabre et captivante est encore accrue par une musique tout à fait appropriée et très belle.
J’ai failli trouver le final un peu trop abusif, mais finalement, en y regardant mieux, Tom Tykwer passe juste à côté du ridicule et finit avec justesse.

Bref, un film sombre, envoûtant, sensuel, parfois choquant, Le Parfum surtout remarquable par les puissantes émotions qu’il dégage. A ne pas manquer à mon avis.

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