Ou « celui là-haut ». Je ne vous mets pas un titre en vieux français pour me la raconter, mais parce que j’ai envie d’aborder une fête typiquement bien de chez moi (Genève, en Suisse, pour ceux qui ne suivent pas) : l’Escalade.
Non, il ne s’agit pas d’une rencontre sportive.
L’Escalade se nomme ainsi car, lors de la nuit du 11 au 12 décembre 1602, le duc Charles-Emmanuel Ier a envoyé ses troupes de Savoie à l’assaut de Genève. Pour entrer dans la ville (qui correspond au périmètre de la vieille ville encore visible à Genève), les soldats ont dû déposer des échelles contre les murs afin d’escalader l’imposante muraille qui entourait la ville. Ils ont attaqué de nuit, voulant prendre les Genevois par surprise mais ils ont finalement échoué.
Depuis, on fête l’Escalade chaque année. C’est un peu notre Carnaval local (Genève est protestante, donc nous ne fêtons pas Carnaval, au contraire d’autres cantons catholiques comme Fribourg, où je réside maintenant), les festivités durent plusieurs jours.
La fête de l’Escalade est pleine de symbole, car la nuit de l’Escalade a été importante pour Genève.
- on se déguise. Pour quelle raison ? simplement parce que les personnes ayant vécu la nuit de l’Escalade ont été tirées de leur sommeil durant la nuit. Elles sont donc descendues dans la rue et ont combattu en chemises de nuit ! par mimétisme, on se déguise (il fait un peu trop froid en décembre pour porter un pyjama dans la rue !) J’ai encore des photos de moi de cette époque déguisée en fée, en cheffe cuisinière, en homme, en génie de la lampe… Les écoles genevoises sont ouvertes ce jour, mais pour la fête de l’Escalade. On se déguise, on chante les chants de l’Escalade, on mange de la soupe aux légumes (vous allez comprendre pourquoi !)
- on casse une marmite en chocolat et on mange de la soupe aux légumes ! pourquoi ? car l’Histoire raconte que la Mère Royaume faisait cuire une soupe de légumes durant la nuit de l’Escalade et qu’elle aurait tué avec un soldat passant sous ses fenêtres en lui renversant sa marmite pleine de soupe aux légumes chaude sur la tête ! L’anecdote est même reprise dans la chanson La Belle Escalade : Une vieille au point vigoureux pris sa marmite de sur le feu ; sans attendre plus tard, en coiffa un Savoyard!
Du coup, en commémoration, on mange de la soupes aux légumes. Dans les écoles, les enfants amènent chacun des légumes quelques jours auparavant et on sert une soupe durant la récréation.
On brise également une marmite en chocolat remplie de petits légumes en massepain, en criant Et ainsi périssent les ennemis de la République!!. Traditionnellement, c’est la personne la plus âgée et la plus jeune de l’assemblée qui ont le privilège de casser la marmite.
- Sur le drapeau Genevois, il y a une clef. Cette clef est celle de dame Piaget qui, la nuit de l’Escalade, a barricadé son entrée avec une armoire de bois massif afin que les soldats ne pénètrent pas chez elle. Mais après la bataille, quand elle voulut retirer le meuble… elle n’y parvint pas, car c’était la terreur qui lui avait donné la force de déplacer l’armoire ! elle a donc dû jeter sa clef par la fenêtre à de solides gaillards pour qu’ils viennent la délivrer. Depuis, la clef figure sur le drapeau de Genève, comme souvenir !
- On chante. Il existe de nombreux chants de l’Escalade. Le Cé qu’à lainô est le plus ancien. La plupart des gens en connaissent un couplet, le premier. Voire deux : le premier et le dernier. Pour ma part, j’en connais trois, mais c’est parce que j’ai fait partie du Grand Choeur de l’Escalade, qui se produit chaque année sur les marches de la Cathédrale Saint-Pierre, au coeur de Genève.
La chanson contient… 68 couplet, car la chanson relate l’histoire de l’Escalade. Autant dire que peu de monde connaît la chanson en entier !
- On fait de la reconstruction historique, du moins au mieux.
Il existe à Genève la Compagnie de 1602, qui comme son nom l’indique reprend différents éléments de cette nuit. On y trouve des piquiers, des arquebusiers, les différentes autorités de l’époque. Le tout est agrémenté de troupes de tambours et fifre, qui jouent dans les rues durant tout le week end de l’Escalade.
J’en ai fait partie (durant cinq ans), c’est d’ailleurs ça qui m’a donné l’envie de jouer du fifre. Passer le week end à jouer dans les rues en costume d’époque, ça n’avait juste pas de prix. A l’heure actuelle, chaque année, ça me manque vraiment. (j’ai d’ailleurs souvent vu ma tête dans le journal à cette époque de l’année à cause de ça :p – il y a même une année où je suis allée jouer un morceau de l’Escalade en direct à la radio – OneFM – avec une autre fille ^^).
Je crois que ça fait partie pour le moment des trucs les plus cool que j’ai eu l’occasion de faire de ma vie.
La qualité est pourrie, mais on entend le discours traditionnel de la proclamation :




















































































