Life must go on

Voilà un peu plus d’une semaine que Daïsuke nous a quitté. C’est toujours aussi dur, comme si cette journée se répétait inlassablement. C’est tellement plus facile d’écrire que de parler. Vous auriez du mal à me croire si je vous disais que j’étais pas douée pour exprimer mes sentiments, pour les extérioriser, les montrer. Ou du moins, des sentiments comme la tristesse. Je préfère tout garder pour moi. Je n’ai pas été habituée ou autorisée à montrer autre chose que de la joie et de la bonne humeur pendant des années, et c’est le genre de comédie dont on a du mal à se débarasser. Ca ne veut pas dire que je fais tout le temps semblant d’être joyeuse : à force de faire semblant d’être quelqu’un, on le devient vraiment. Mais quand ça va pas, je ne sais pas l’exprimer.

Toujours est-il que voilà, là, derrière mon clavier, avec de simples mots, j’arriverai à dire plus de choses que lorsque je dois parler à mon homme. En huit mois de vie commune avec Daïsuke, on avait déjà pris des habitudes. Il n’avait peut être pas d’endroit rien qu’à lui, contrairement à Ichigo, mais tout l’appartement rappelle de merveilleux souvenirs.

Par exemple, prenons le lit. Le soir, c’est dur d’aller se coucher, parce que Daïdaï venait toujours entre Roger et moi, qu’il posait sa petite tête contre mon bras replié et qu’il était tout chaud contre moi. Et qu’il ronflait FORT toute la nuit ^^. Le fait que maintenant, on s’endort dans les bras l’un de l’autre montre bien qu’il manque quelqu’un. Silence monstrueux et oppressant toute la nuit. Et le matin, le réveil est d’autant plus douloureux. Pas de petit chat gris qui saute sur Ichigo pour le réveiller, pas de petit chat gris qui fait bruyamment (et n’importe comment) ses griffes, puis qui revient pour nous réveiller pour avoir à manger.

Car après le lit, on passe à la cuisine. Fini le coin qu’il fallait nettoyer toutes les semaines (voir plusieurs fois par semaines), fini les « miaou » silencieux du mini chat qui n’avait pas eu à manger depuis, houlà, au moins la veille, si ce n’est très tôt ce matin là. Enfin, « miaou silencieux », c’était pour moi, son Roger avait droit à des « mrouu » et même des « miaou ». Pfff, marre du favoritisme. Puis, on repartait généralement se coucher après les avoir nourri, le temps d’être dans les bras l’un de l’autre. Fini, le petit Daïsuke qui grimpait sur le lit et s’installait sur coussin Lili, sous la couette.

C’est fou ce que l’appartement semble vide. Comme on a l’impression de tout le temps s’ennuyer. C’est horrible d’être trois, mais si seuls. On est un peu comme ces couples qui ont perdu un enfant. La différence entre eux et nous, c’est qu’eux, on les comprend. On les soutient. On ne leur dit pas : « c’est pas grave, tu vas bientôt avoir un bébé, c’est mieux. » Quand ils croisent un ancien ami, qui les connaissait depuis des années, et qu’ils leur annoncent la nouvelle, il ne répond pas : « oh allez, ce n’est rien, quand même. » alors qu’une simple connaissance de quelques mois va répondre « moi, ça me fait rien quand je perds un animal de compagnie, mais je sais que ce n’est pas le cas de tout le monde. » On ne veut toujours pas y croire. Hier soir, il pleuvait à torrent, et l’image qui s’est imposée dans nos esprits, sans qu’on en parle, c’est celle de Daïsuke sous la pluie.

L’autre jour, je reçois en plus une lettre d’un labo quelconque, me demandant de payer les analyses, alors que le véto nous aviat dit qu’il les prenait à sa charge. Comme j’étais dans le bus, que je ne pouvais pas pleurer, ma pensée à été :
« C’est horrible, Daïsuke nous revient plus cher mort que vif. »
Je me hais. Je suis méprisable.

Quand je suis seule, je ressasse tout ce qu’il est possible de ressasser. Je suis coupable, archi coupable. C’est de ma faute s’il est mort. Et si…
… j’avais patiemment attendu jusqu’au 2 avril, première date fixée pour cette fibroscopie ? Est-ce que son coeur aurait été plus fort ? Mais aurait-il tenu jusqu’à cette date, alors qu’il avait tant de mal à respirer depuis le début de la semaine ?
… j’avais dit un peu moins sur le ton de la plaisanterie « allez y doucement sur l’anesthésie, il est deja bien fatigué » ? Est-ce que ça aurait fait une différence ? Serait-il revenu ce jour là ?
… j’avais insisté, pour qu’on reste avec lui jusqu’au moment où il aurait été emmené pour la fibro ? A-t-il eu l’impression qu’on l’abandonnait, malgré nos « on t’aime » et « a tout à l’heure » ? S’est-il senti trahi et qu’il n’a pas voulu lutter ?

Nous sommes à présent une famille désespérément seule, malgré nos élans d’amour les uns envers les autres. Ichigo fait l’effort de rester avec nous – ou peut-être en a-t-il autant besoin que nous ? L’idée de le laisser seul, même le temps d’aller faire des courses, nous est insupportable. Je me déteste quand je m’entends lui dire : « Je reviens. Promis, je reviens, le plus vite possible. Je t’aime, alors attends moi ».

Je veux encore espérer. Tant qu’on n’aura pas récupérer les cendres de Daïsuke, je veux encore espérer. On veut tous tellement qu’il revienne. On a tellement tous besoin de nos overdoses quotidiennes d’amour qu’il nous injectait d’un simple regard, tellement besoin de ses petites gaffes de chaton pas doué de ses patounes, tellement besoin de faire chauffer la bouilloire pour autre chose que du thé, tellement besoin de faire plein de photos de lui et de lui avec nous.

Avant de finir ce post, je tiens à remercier toutes les personnes qui ont été là pour nous. Merci.

Je pense aussi bientôt faire une page spéciale « liste de naissance ». Je ne voulais pas en faire une sérieusement, mais au final, la prime de naissance aura « servi » à Daïsuke plus qu’autre chose.

Promis, mon prochain post sera plus joyeux. C’est tellement facile de mettre des smiley et de la bonne humeur dans un billet écrit que de l’être en vrai. Mais je ne sais pas quand je le ferai, ce prochain post.

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