Phendranah, Chapitre 01

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Bienvenue à Phendranah, seule planète en orbite d’une minuscule étoile ! Phendranah est unique dans son genre, des siècles auparavant, un déluge inonda la planète, laissant ses habitants à tout jamais les pieds dans l’eau. Mais, maintenant, ils n’arriveraient plus à s’imaginer les pieds au sec, sans promener leurs enfants dans des barques de bois. Aujourd’hui, dans le petit village d’Anou (1), c’est un jour spécial…

– Gwenaëll (2) !!
La vieille femme, escortée par deux jeunes gens fort bien habillés, monta rapidement à l’étage de sa maisonnette. Et elle ne fut absolument pas surprise de ne voir sa petite-fille ni dans son lit, ni dans la bassine à se laver. Elle avança vers la fenêtre :
– Gwenaëll ! Tu es attendue !
La jeune fille apparue à la fenêtre, tête en bas, l’air faussement surprise.
– Gwenaëll ! » La vieille femme soupira. « Tu devrais déjà être lavée et habillée. Ils n’attendent plus que toi, au village ! »
– Encore cinq petites minutes, mamie. S’il te plaît… Le vent est si doux, ce matin ! »
Elle afficha un sourire angélique et surtout irrésistible. Les deux jeunes sourirent à leur tour. La vieille femme leva les yeux vers le plafond :
– Il ne te reste plus que quatre minutes.
– Merci mamie !
Elle se laissa tomber, frêla la surface de l’eau et reprit son envol, très haut dans le ciel. Gwenaëll ferma les yeux, se laissa porter par le vent, et se demanda encore une fois ce que le roi de ce pays qu’elle ne connaissait pas pouvait lui vouloir. Ses parents lui avaient assuré qu’il n’était pas du tout le genre à vouloir une Ailes Blanches (3) à ses côtés, et pourtant, pour quelle autre raison voudrait-il la voir ? Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle vit au loin le cortége voguer lentement sur l’eau claire et scintillante. Elle plana quelques instants, comme hypnotisée par ces barques. C’est la voix de sa grand mère qui la sortit de sa rêverie. Elle piqua vers le sol, entra par la fenêtre de sa chambre. Gwenaëll se lava rapidement le corps, choisit des habits de tous les jours, malgré tout fort élégants, et commença à brosser les plumes de ses ailes avec soin.
– Tu vas rendre ta grand mère complétement folle ! », sourit Ayse par dessus son épaule. « Donne-moi ça, je vais m’occuper de tes ailes. »
Le garçon qui était monté plus tôt avec Ayse et la grand mère de Gwenaëll apparut à son tour et ouvrit la grande armoire. Ses cheveux blonds remuèrent légérement lorsqu’il tourna la tête et qu’il afficha un grand sourire.
– Et tu ne vas pas t’habiller comme ça ! Tu dois mettre tes plus beaux habits, c’est quand même un roi qui vient à ta rencontre ! »
Il fourra son nez dans les nombreux habits avant de brandir fièrement une tenue turquoise parsemée de perles aussi blanches que les ailes de Gwenaëll. Ayse éclata de rire :
– Quelle originalité, Lêto ! A chaque fois que tu dois choisir des vêtements pour Gwenaëll, tu choisis ceux-là ! »
– Hey ! Avoue qu’ils lui vont bien ! », protesta-t-il en rougissant légérement.
Les yeux d’Ayse rétrécirent pour ne devenir que deux fentes, et elle sourit de nouveau :
– Tu marques un point, mauvais dragueur ! »
– Dites, si je suis en trop, vous le dites… », osa l’Ailes Blanches en tournant la tête.
Léto s’approcha et lissa le tissu :
– On va te laisser te changer. Si jamais tu as besoin d’aide… »
Les deux jeunes gens sortirent du grenier. Gwenaëll laissa tomber ses vêtements rose pâle au sol pour enfiler ceux choisis par Léto. Elle n’arrivait pas à comprendre pourquoi Ayse embétait autant Léto avec des sentiments qu’il n’avait pas. Elle fit vibrer ses ailes, finit de lacer les fils de sa tenue avant de rejoindre le rez-de-chaussée et de monter sur la chaise que portaient déjà Ayse et Léto (4)dans un sourire.

L’attente fut de courte durée. Gwenaëll posa une main sur sa poitrine et respira à fond pour apaiser son coeur. Autour d’elle, les sentiments d’impatience et d’émerveillement des gens lui faisait légérement siffler les oreilles. La grande suite de barques du roi de Théa entra dans la ville silencieusement. Une barque se détacha des autres, qui s’immobilisérent ; elle était couverte de draperies riches, et la cabine était close. Quatre personnes étaient agenouillées aux quatre coin, l’air noble…
 » Et constipé. », ne put s’empêcher de penser Léto dans un petit sourire.
La barque s’immobilisa devant Gwenaëll et ses porteurs. Elle déglutit péniblement, chercha les sentiments du roi toujours invisible dans sa cabine. En vain. Elle baissa les yeux pour essayer de masquer sa tension. Les vaguelettes de l’eau et le reflet du soleil lui arrachèrent un sourire qui éclaira son visage. Elle leva de nouveau la tête, et se sentit prête à faire face au roi.
Et il dut le deviner, car c’est à cet instant que les quatre porteurs se levèrent. Trois d’entre eux préparérent son trône tandis que la quatrième écartait les draperies pour laisser passer le roi. Contre toute attente, c’est un jeune homme d’environ 25 ans qui en sorti, torse nu, de longs cheveux gris encadrant un visage fatigué par le voyage mais malgré tout rayonnant de bonheur d’être à Anou. La tradition du village voulait que l’on lance des fleurs aux personnes royales. Mais là, personne ne pensait vraiment à la tradition. Gwenaëll se redressa, elle-même la première surprise. Le roi de Théa était un Ailes Blanches…

1 Nom qui signifie « Le Ciel »
2 « Ange blanc ».
3 Les « Ailes Blanches » sont une race d’humains dotés d’ailes. Malgré leur nom, rares sont ceux qui ont les ailes vraiment blanches, mais plutôt grises. Sur presque toute la planète, ils sont vénérés et sacrés.
4 Tous les deux sont des Porteurs, métier qui consiste à porter une chaise ou est assis l’Ailes Blanches. Compte tenu de l’importance de cette race, ils ne doivent pas toucher l’eau, qui selon une vieille légende, brûlerait leurs ailes.

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